Sisi, c’est possible. On en a même parlé dans ces colonnes pas plus tard qu’il y a 2 semaines. Vous n’avez toujours pas d’idée ? Vous êtes sûrs ?
Et si je vous montre ce logo, ça vous parle plus ?
Eh oui, c’est d’EVOKE que je voulais parler – ou plutôt dont veut nous parler le site UrgentINVOKE, qui parodie le site développé par Jane McGonigal, Kiyash Monsef et leur équipe pour le World Bank Institute et dont l’objectif annoncé est de faire de ses joueurs, sur une période de 10 semaines, des innovateurs capables d’analyser besoins et situations pour trouver des solutions novatrices aux problèmes qui les entourent.
C’est bien comme un jeu en réalité alternée, et non pas comme un outil de propagande que nous avions écrit sur EVOKE à son lancement et après sa première semaine, de la même manière que nous avions vu Find The Lost Ring comme un jeu centré autour de la mythologie de l’olympisme et non une publicité pour la marque à l’arche d’or ou pour le Comité International Olympique. Si les arguments de l’équipe d’UrgentINVOKE sont ce qu’ils sont (je vous laisse vous faire votre idée vous-même sur ce point et vous invite éventuellement à venir en discuter sur les forums), cette mini-polémique qui n’intéresse sans doute que quelques personnes me renvoie à une discussion que Julien et moi avions dans le cadre d’une interview menée par David-Julien Rahmil sur les ARG et leur histoire en général, et une éventuelle prise de position de ces derniers vis-à-vis des marques, de leur image et de leurs idéaux.
Si les plus grands jeux, dans le futur, sont ceux qui sont orchestrés par un gouvernement, une franchise de restaurants ou une marque de chaussure, ne les laissons-nous pas trop nous approcher et remodeler nos vies ? Dans quelle mesure voulons-nous faire de quelques mois de nos vies une partie de l’expérience de telle ou telle marque ? Dans quelle mesure l’organisme commanditaire tente-t-il d’offrir à une communauté une expérience authentique, et dans quelle mesure tente-t-il de nous manipuler ?
Attention, je ne suis pas en train de dire que UrgentEVOKE est effectivement une plateforme de propagande pour le World Bank Institute, ni que le raisonnement des créateurs d’UrgentINVOKE est complètement biaisé – je ne dispose pas assez d’éléments pour ça dans un sens comme dans l’autre (même si, connaissant les développeurs à l’origine du projet UrgentEVOKE et les gens qui les entourent, je serais très surpris). Par contre, je pense que les questions plus larges posées à cette occasion sur le rôle des ARGs dans nos vies et les effets qu’ils peuvent avoir sur nos choix sociaux ou politiques sont des questions valides, qu’on retrouve d’ailleurs dans d’autres media comme les films ou les bandes-dessinées…Et des questions qui méritent qu’on s’attarde dessus.
P.S. : Et dans la foulée, allez donc jeter un oeil à cet excellent article de Adrian Hon, Can a Game Save the World ?

La question est vraiment variable d’un ARG à l’autre.
Si l’on prend EVOKE comme exemple, alors : oui, clairement, il est politique. Tout simplement parce qu’il propose une méthodologie liée à une idéologie (l’entrepreneur-roi). Après on en pense ce que l’on veut, mais tout le concept du jeu repose là-dessus.
Après est-ce un défaut ? pas forcément. D’une part parce qu’il propose des pistes qui peuvent réellement engendrer des solutions et qu’ensuite rien n’empêche les joueurs de détourner le concept de base si nécessaire. (c’est tout la beauté de ce genre de ARG)
Pour le rapport aux marques, c’est une autre question. Mais là encore c’est variable. Si je regarde LostRing, auquel j’ai beaucoup joué, qui était sponsorisé par MacDo, la marque n’a jamais été mise en avant d’aucune manière. Au final, le sponsor aurait pu être un marchand de fenêtre, cela aurait pareil.
Donc le lien n’est pas toujours direct et peut ne pas influencer du tout. (Bien sûr, il « peut » être plus présent… mais là encore, libre aux joueurs de s’en détourner)
Dans l’absolu il en va donc des ARG comme des jeux vidéo. Ni plus, ni moins je dirais.
Article très intéressant (merci de faire découvrir urgentinvoke.com que je ne connaissais pas).
J’aime bien l’idée que des projets/dispositifs/situations initialement ludiques débouchent ou permettent de déboucher sur quelque chose d’utile et/ou quelque chose faisant sens à un autre niveau (social, politique, culturel).
Si on s’éloigne un peu des ARGs, on observe également cette même tendance au niveau du fandom (quand The Harry Potter Alliance lève des fonds pour Haïti) – à cet égard je recommande d’ailleurs la lecture de ce bon billet : http://www.jawbone.tv/featured/2-featured/415-transmedia-activism-politics-avatar-and-harry-potter.html
Vivement d’autres exemples du même genre…
Merci à tous les deux pour vos contributions !
@Khaos : J’avoue que je n’avais pas pensé à replacer cet ARG sous cette définition de base de la politique que tu as proposée. Bien vu !
@Maud : En cela, UrgentEVOKE est le digne rejeton de sa créatrice qui essaie de donner au jeu en général une dimension plus citoyenne au jeu. Une idée que l’on retrouve chez d’autres – Stuart Candy par exemple, ou l’auteur Cory Doctorow dans Little Brother.
Sympa de voir que nos discutions dans un café de grand marque franchisée a donné naissance à un article. Pour compléter un peu cette réflexion je dirais que la façon dont les grandes marques (ou les gouvernements) font de la communication est en train de changer grâce au transmédia et aux ARG (en tant inexpérience transmédia). D’après un responsable du dernier gros ARG français que j’ai interviewé dans le cadre de ce papier (je ne dévoilerai pas son nom, il vous faudra acheter le prochain magazine Canard PC pour le découvrir), le fait d’afficher en gros et partout le logo d’une marque ne suffit plus pour la faire aimer. Si l’ARG n’est pas le meilleur moyen de vendre du burger, il est par contre un formidable outil pour fédérer les communautés et permet d’améliorer l’image de marque. Demain on ne communiquera plus sur tel ou tel produit mais on fera en sorte d’associer votre bonheur et votre expérience de jeu à une marque. Pour le moment il est encore tôt pour pointer du doigt des éventuelles dérives mais le sujet est vraiment passionnant.
Et je suis content de voir que tu as pu sortir cet article/dossier sur les ARGs ! Je guette mon marchand de journaux avec attention – moi qui espérais trouver le nouveau Canard PC un peu avance, c’est mort ! Et sinon, quand est-ce qu’on se revoit pour échanger et boire un verre (dans quelque chose de moins franchisé) ?
[...] Après, comme pour la construction et l’entretien de toute communauté, la gageure principale est de fournir aux futurs story activists de quoi co-créer : des outils, des ressources, des lieux où ils peuvent partager les contenus créés. Par exemple, les réalisateurs (dont l’acteur Gael Garcia Bernal) du documentaire « Resist » , ont mis en place une plateforme, « ResistNetwork« , en partenariat avec Amnesty International, qui prolonge le concept du documentaire en invitant les utilisateurs à partager leurs propres histoires de résistance ; certaines ont même eu une incidence sur le produit fini. Autre exemple, plus ludique, l’ARG Evoke du World Bank Institute, qui souhaite faire en dix semaines des gamers des « social innovators » (ARG lui même largement critiqué d’un point de vue social, et parodié par un autre ARG, UrgentInvoke, comme nous l’explique un bon article de Faismoijouer). [...]