On vous en avait parlé au tout début de l’été (déjà !), le dernier bébé de J.-C. Hutchins en collaboration avec Jordan Weisman, Personal Effects : Dark Art confirme le glissement qui prend place dans le monde des aventures transmédia en nous emmenant de l’expérience communautaire à l’expérience en solo – une expérience accompagnée cette fois-ci de bruit, de fureur et de ténèbres. Bienvenue dans la vie de Zachary Taylor, art-thérapeute. Bienvenue dans la folie de Martin Grace, meurtrier supposé au don de clairvoyance. Bienvenue à The Brink, l’antre de la folie.
Dramatis Personae
Comme tout bon thriller psychologique et d’horreur qui se respecte, Personal Effets : Dark Art (PE:DA pour les copains) gravite principalement autour de la relation du personnage principal Zach Taylor avec ceux qui l’entourent : son père William, procureur général et bourreau de travail, son cadet Lucas, boule de nerfs férue de parkour, sa petite amie Rachael gamer nerd et journaliste : une vie qui ressemble peut-être à la vôtre ou à la mienne, avec son lot de joies (les succès professionnels de Zach dans son travail à l’Institut Brinkvale, sa relation avec sa copine et son frère), de douleurs (les absences de son père, la mort de sa mère)…Et de secrets. Un paquet de squelettes dans le placard familial tassés là par Taylor senior et qui seront exposés au fur et à mesure que Zach creusera dans le passé de son mystérieux patient Martin Grace.
Martin Grace, l’énigme aux cheveux gris et à la cécit épsychosomatique, le « Sniper de la Mort » comme il se surnomme lui même, se dit responsable de 12 Meurtres qu’il n’a pas pu commettre et va renverser les rôles avec son thérapeute dès leur première rencontre. Il va ouvrir et disséquer l’esprit de ce dernier comme une noix de la même manière qu’il a cuisinés ses précédents médecins – mais là où ses prédécesseurs ont craqué, Zach est bien décidé à comprendre ce que représente « l’Homme Sombre » qui persécute les êtres chers à Martin et les assassine les uns après les autres, et d’où vient la terrible culpabilité qui se cache derrière les yeux verts de son patient. Seul problème : cet « Homme Sombre » n’est peut-être pas si imaginaire qu’il n’y paraît et lentement mais sûrement, la vie de Zach et de sa petite tribu sombre dans les ténèbres qui se répendent autour de tous ceux qui approchent Martin jusqu’à devenir les cibles de la créature. A moins qu’ils ne soient eux aussi en train de perdre leur emprise sur la réalité…
(inter)Action !
Mais je m’arrête avant de vous raconter toute l’histoire et de vous gâcher sa lecture ! jetons plutôt un œil sur le livre et les différentes couches d’interaction qui l’accompagnent. Comme dans Cathy’s Book, vous trouverez dès l’ouverture du volume une pochette de documents calée au creux de la couverture auxquels les personnages du livre se réfèrereront ici et là durant l’intrigue. Rien à dire de ce côté-là : que ce soient les certificats de naissance , les cartes d’identité ou de crédit, la finition n’a rien de cheap et le réalisme s’en trouve d’autant plus renforcé.
Ces différents documents sont saupoudrés d’adresses électroniques et de numéros de téléphone qui n’attendent qu’un petit coup de fil et l’utilisation des indices que vous glanerez ici et là dans le roman pour accéder aux boîtes vocales qui y sont raccordées : un agréable plus apporté à la trame principale de l’histoire et plutôt bien intégré au récit, ce qui a le mérite de ne pas en casser le rythme de manière artificielle.
Ajoutez à cela les indices complémentaires qui vous permettent de retrouver d’un petit coup de baguette magique ( et avec l’aide de quelques mot-clef très simples) les sites Internet des différentes institutions mentionnées comme celui de l’Institut Psychiatrique de Brinkvale ou le site de Rachael « PixelVixen707 » – des sites au contenu et à l’interface très soignés – et la qualité d’immersion s’en trouve d’autant renforcée. Très bon travail donc pour l’harmonie entre histoire et contenu interactif : la qualité de l’un ne souffre pas au profit de l’autre et vice-versa.
Conclusion (et un petit bonus pour la route)
Dans la lignée des livres-ARG à jouer « en solo », Personal Effects : Dark Art s’en sort avec une mention plus qu’honorable. Certes, le style n’est pas encore prenant au point de vous faire frémir entre les couettes de longues minutes après que vous ayiez éteint la lumière, mais on peut voir dans les pages de ce livre les prémisses d’un genre de littérature et surtout de jeu qui pourrait bien être en train de s’acheminer vers un côté plus adulte, plus mature, plus sombre de la même manière que les personnages principaux remettent en cause la période de grâce de leur adulescence : pas forcément une révolution, mais en tous cas une nouvelle frontière à explorer. Vivement une version française !
En attendant des nouvelles de cette dernière, je vous propose d’explorer un peu l’univers musical installé par les auteurs. Entre musique classique, rock et pop, elle devrait vous mettre dans l’ambiance quand vous serez confortablement calés dans votre canapé et que vous laisserez la descente dans les ténèbres de Zach vous emporter…
Tour à tour observateur, joueur et animateur de communautés, Thomas fonde Fais-Moi Jouer ! avec Julien Aubert en 2009 pour porter sa passion du jeu et de l’aventure auprès du public français.